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Il mavait donné rendez-vous sur le pont (des Arts). Pourquoi là ?
Sans doute parce quon y passe sans sy faire remarquer, et aussi quon peut voir de loin. Il est passé deux fois avant de maborder, il voulait vérifier dabord de quoi javais lair. Je suppose que je lui ai paru rassurant. Il était content de mon étonnement. Oui, ma-t-il dit, je suis un homme comme vous. Ou comme nimporte qui. Cest ça que vous vouliez savoir, non ? Je me demande bien à quoi vous vous attendiez ! Ce qui le retenait de se montrer tout à fait agressif, cest quil était, lui et pas moi, à linitiative de ce rendez-vous. Cest moi qui lavais demandé, mais cest lui qui lavait proposé et cest lui qui lavait fixé. Sans doute était-il là pour répondre à mes questions, mais il me mettait demblée au défi de lui en poser. Je lai remercié davoir bien voulu me rencontrer et jai prudemment essayé de lui laisser entendre que jaurais bien voulu en savoir plus. Il le comprenait bien, et cest pour cela quil mavait fixé rendez-vous, mais je devais bien me rendre compte que... Bien sûr que je me rendais compte quon ne parle pas de nimporte quoi avec quelqu'un dont on ne connaît que le numéro de téléphone et quon a vu pour la première fois il y a à peine une minute. Je me rendais même compte que toutes les questions que je pourrais poser seraient inévitablement indiscrètes. Je saurais me tenir à ma place, et il lui appartiendrait de my remettre sil lestimait convenable. Au demeurant, il était libre à tout instant de mettre fin à lentretien. Je lai senti un peu tranquillisé et je lui ai proposé de maccompagner à la terrasse dun café. Marchant à côté de moi, il était très raide, à la fois pénétré de son importance et manifestement soucieux de coller à limage quil voulait donner de lui-même. Surtout, en fait, anxieux déviter de paraître ce quil naurait voulu pour rien au monde. Deux bières. Pourquoi avez-vous fait cela ? . Ça a été ma première question, à peine enrobée. Pourquoi pas ? et, tout de suite : En quoi mes motivations vous intéressent-elles ? Ce nétait pas tout à fait un refus, et je me suis efforcé de lui faire valoir que, sil avait accepté cette rencontre, cétait parce quil savait que jenvisageais de suivre sa voie et que je voulais agir en connaissance de cause. Dès lors, comment pourrais-je tirer profit de son expérience pour me décider si je ne savais rien de qui avait déterminé son choix ? Lorsquil maurait livré, à supposer quil le voulût bien, les bons et les mauvais côtés quil percevait dans son état présent autrement dit, ce quil y avait trouvé de bon et de mauvais que pourrais-je faire de sa réponse si jignorais ce quil avait cherché ? Je vous trouve bien compliqué , lâcha-t-il. Cest vrai, jaurais dû commencer dans lautre sens, à lenvers, il aurait trouvé cela moins compliqué. Vous est-il arrivé de le regretter ? , lui ai-je alors demandé. Vous croyez que ça sert à grand chose ? . De lui poser des questions ? Non, de regretter . Regretter ne sert à rien, mais on fait tous les jours des tas de choses qui ne servent à rien. Le moins possible .
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